“En Afrique, chaque fois qu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle.” Cette phrase, Amadou Hampâté Bâ l’a prononcée depuis la tribune de l’UNESCO en 1960, lors de la 11e session de la Conférence générale de l’organisation. Des décennies plus tard, elle résonne tout particulièrement. Car derrière ces mots se cache une urgence qui est celle de préserver les manuscrits de l’écrivain. Longtemps menacés par l’humidité et l’usure naturelle du temps, les manuscrits d’Amadou Hampâté Bâ font aujourd’hui l’objet d’un vaste projet de sauvegarde et de numérisation, porté par sa famille avec le soutien de l’UNESCO.
Écrivain, ethnologue et humaniste, Amadou Hampâté Bâ « fut l’un des plus grands défenseurs du passage de la tradition orale africaine à l’écrit », affirme Mame Omar Diop, représentant résident de l’UNESCO en Côte d’Ivoire. Il renchérit : « Ses manuscrits témoignent de savoirs, de traditions, de philosophies et d’histoires qui, sans une action de sauvegarde urgente, risquaient de disparaître. »
De son vivant, conscient de la valeur de son héritage, Amadou Hampâté Bâ avait commencé à classer ses archives. Mais après sa disparition, ces documents ont longtemps été conservés dans des conditions précaires. « Les manuscrits étaient soumis à l’humidité, ils étaient entassés les uns sur les autres, entourés de rongeurs et d’insectes », se souvient l’une de ses filles, Rokiatou Hampâté Bâ, aujourd’hui directrice exécutive de la Fondation qui porte le nom de son père. « Si ces documents venaient à disparaître, ce serait une perte immense. Tous les efforts et tous les sacrifices consentis par mon père auraient alors été réduits à néant. »
Créée le 9 janvier 2002 à Abidjan, à l’initiative de la famille Hampâté Bâ, la Fondation s’est donné pour mission de sauvegarder, valoriser et transmettre le patrimoine de celui surnommé « le sage de l’Afrique ». Soutenue par l’État de Côte d’Ivoire et « par de nombreuses personnalités du monde culturel et politique, elle agit avant tout par fidélité à la vision du patriarche », affirme Rokiatou. « Au soir de sa vie, c’est lui qui m’a confié cette mission », confie-t-elle, émue. « Pour moi, il n’était pas seulement un père biologique, mais un maître, un guide, un phare. Préserver ses manuscrits, c’était une dette morale. »





